Parrainage de l’Université de Sousse (Tunisie)
FLSH-Sousse ¤¤ LR “Ecole et Littératures” ¤¤ CERES ¤¤ CIREB
en association avec le collectif CURA (ACAM & Brachylogia & QCA)
organisent sous le label “ÉCOLE ET SOCIÉTÉ » le :
Sixième Congrès Mondial de Brachylogie (CMB 6)
La Tension brachy-pédagogique de Socrate à Gusdorf :
Pourquoi des professeurs ?
Vers une anthropologie « dialogique » et conversationnelle de la relation pédagogique ?
Sousse (Tunisie), 15-16-17 avril 2027
(Participation en présentiel et en distanciel)
¤¤¤¤¤
Argumentaire
À l’heure où les technologies numériques, l’intelligence artificielle et la circulation instantanée des connaissances semblent remettre en question la figure traditionnelle du professeur, une interrogation demeure plus actuelle que jamais : pourquoi des professeurs ? Si l’accès au savoir devient toujours plus immédiat, la relation pédagogique, elle, demeure-t-elle irremplaçable ? La multiplication des moyens de transmission du savoir suffit-elle à rendre compte de ce qui se joue véritablement dans l’acte d’enseigner ? Ou bien faut-il reconnaître que l’éducation relève d’abord d’une rencontre entre des êtres humains, avant même d’être une transmission de connaissances ?
Cette interrogation accompagne l’histoire de la pensée depuis ses origines. Socrate en constitue sans doute l’une des premières figures fondatrices. À travers le dialogue, la maïeutique et le questionnement, il ne cherche pas seulement à conduire son interlocuteur vers un savoir, mais à l’amener, grâce à « l’esprit de conversation », à se découvrir lui-même dans l’exercice même de la pensée. Depuis lors, la question du maître, du disciple, de la parole, de l’autorité, de la liberté et de la vérité n’a cessé de traverser les traditions philosophiques, pédagogiques, spirituelles et culturelles, tant en Occident que dans d’autres aires de civilisation. Si les réponses divergent, toutes témoignent d’une même conviction : l’éducation ne saurait se réduire à un simple transfert d’informations.
La question n’est donc pas seulement de savoir comment transmettre des connaissances, mais comment un être humain contribue à la formation d’un autre être humain. Plus encore que le savoir lui-même, c’est la qualité de la relation pédagogique qui paraît ici décisive. Enseigner serait ainsi moins communiquer un contenu que rendre possible une rencontre où chacun se découvre capable de devenir davantage lui-même.
C’est dans cette perspective que s’inscrit aujourd’hui la réflexion développée sous le nom de Brachy-pédagogie, dans le prolongement des travaux de la Nouvelle Brachylogie, dont la formulation contemporaine a été proposée en 2012 à partir d’une relecture de la pensée socratique. La brachy-pédagogie ne désigne pas une méthode d’enseignement supplémentaire ni une doctrine pédagogique fermée. Elle constitue plutôt une invitation à repenser la relation éducative à partir de ses dimensions dialogiques, conversationnelles, éthiques et anthropologiques. Elle interroge les conditions dans lesquelles le savoir devient véritablement expérience, comment la parole ouvre un espace de reconnaissance réciproque, comment le dialogue contribue à la formation de la personne, et comment la relation pédagogique participe de la construction de l’humain.
Le terme de tension, retenu pour ce congrès, doit être entendu dans toute la richesse de ses significations. Il désigne d’abord une orientation, une tension vers le savoir, vers l’autre, vers soi-même, vers une humanité toujours en devenir. Mais il renvoie également aux tensions constitutives de toute relation éducative : entre transmission et autonomie, autorité et liberté, parole et silence, maîtrise et émancipation, héritage et création, savoir constitué et recherche personnelle. Ces tensions ne sont pas des obstacles à dépasser ; elles constituent le lieu même où se déploie l’expérience pédagogique. Cette double lecture du mot n’est pas fortuite : la notion même de brachylogie a longtemps été réduite, de l’Antiquité à la Renaissance, à un simple procédé rhétorique, perdant presque toute sa portée philosophique — ce qui invite d’autant plus à entendre la tension brachy-pédagogique à la fois comme tendance vers et comme conflit.
Entre Socrate et notre XXIᵉ siècle, cette tension n’a cessé de se manifester, de façon parfois implicite ou fragmentaire, à travers l’histoire de la pensée. La Renaissance, avec Montaigne en particulier, en constitue sans doute l’un des moments les plus marquants, avant que les Lumières puis la modernité n’en multiplient les traces, sans toutefois les rassembler en un concept fédérateur — tâche à laquelle s’attache aujourd’hui la Brachy-pédagogie, en examinant ces jalons épars pour en retracer le cheminement intellectuel.
Sans se limiter aux héritages européens, cette réflexion demeure ouverte aux grandes traditions éducatives, philosophiques et spirituelles d’Afrique, d’Asie, des mondes arabes, des Amériques et de toute autre aire culturelle susceptible d’enrichir cette conversation internationale sur la relation pédagogique.
Relire aujourd’hui l’histoire de la pédagogie à la lumière de cette tension conduit naturellement à rencontrer Georges Gusdorf. Parmi les grandes œuvres du XXᵉ siècle consacrées à l’éducation, Pourquoi des professeurs ? Pour une pédagogie de la pédagogie (1963) occupe une place singulière. Prenant appui sur Socrate tout en dialoguant avec les grandes traditions philosophiques, Gusdorf ne propose ni une méthode scolaire ni une théorie institutionnelle de l’enseignement. Il entreprend une méditation sur la rencontre du maître et du disciple (chap. 3, p. 76), sur la vérité en dialogue (chap. 8, p. 159), sur la découverte de soi, sur la maîtrise et sur les fondements anthropologiques de l’acte d’enseigner. Le professeur n’y apparaît pas comme le simple détenteur d’un savoir à transmettre, mais comme le médiateur d’une expérience humaine où chacun est appelé à devenir lui-même. Lorsque Gusdorf écrit que « le maître n’est pas le répétiteur d’une vérité toute faite » (p. 75), il rappelle que l’enseignement authentique ouvre moins un contenu qu’un chemin vers la vérité.
Comme le souligne son éditeur, l’ouvrage se veut délibérément à contre-courant : loin d’un traité de philosophie technique, il s’agit d’un essai qui cherche, par-delà les abstractions, la signification permanente de l’entreprise éducative : qu’est-ce qu’un maître, qu’est-ce qu’un disciple, comment le devient-on, comment cesse-t-on de l’être. Gusdorf y convoque Socrate presque aussi souvent que l’ensemble de l’œuvre d’Aristote, mais toujours plus solidement ancré dans son contexte ; il fait aussi place à la sagesse de Confucius et au rapport complexe de Platon à son propre maître, ainsi qu’à Kierkegaard, Kant, Alain, et à bien d’autres encore (Rabelais, Pascal, Bergson, Nietzsche, Scheler, Piaget, Schopenhauer), au point que la seule table des matières de l’ouvrage pourrait presque servir de programme à ce congrès. Gusdorf y invite enfin à relativiser toute prétention à l’autorité : le savoir demeure une œuvre humaine, faillible par nature, qui se trahirait elle-même en s’érigeant en autorité absolue.
En ce sens, Gusdorf apparaît moins comme le défenseur d’un modèle pédagogique particulier que comme l’un des grands penseurs contemporains de la relation éducative, dont l’œuvre demeure un interlocuteur privilégié pour la réflexion brachy-pédagogique d’aujourd’hui.
Cette proximité intellectuelle entre la pensée socratique, la réflexion de Gusdorf et les perspectives ouvertes par la Nouvelle Brachylogie ne signifie nullement une identité de doctrine. Elle invite plutôt à reconnaître une même exigence : penser la pédagogie à partir de la relation humaine elle-même, dans ce qu’elle comporte de dialogue, d’écoute, de reconnaissance, de responsabilité et de construction réciproque du sens : le tout dans l’esprit de conversation. En ce sens, la brachy-pédagogie ne prétend pas se substituer aux théories existantes de l’éducation ; elle propose un espace de conversation entre elles, en interrogeant ce qui demeure irréductible dans toute expérience pédagogique.
Le Sixième Congrès Mondial de Brachylogie souhaite ainsi réunir des chercheurs issus des sciences du langage, de la philosophie, des sciences de l’éducation, de la littérature, de la traductologie, de l’histoire, de la sociologie, de l’anthropologie, de la psychologie, des sciences de l’information et de la communication, ainsi que de toute autre discipline susceptible d’éclairer cette problématique. Les traditions intellectuelles, culturelles et éducatives du monde entier sont appelées à « converser » autour d’une interrogation commune. Au-delà des différences de contextes et d’approches, il s’agira d’explorer ce qui fonde universellement la relation pédagogique, dans ses permanences comme dans ses transformations contemporaines.
Les communications pourront notamment porter sur les figures historiques de la relation maître-disciple, les fondements philosophiques de la pédagogie, les pratiques éducatives contemporaines, les médiations interculturelles, les transformations induites par les technologies numériques et l’intelligence artificielle, les formes dialogiques de l’enseignement, les enjeux éthiques de la transmission ou encore les perspectives ouvertes par la brachy-pédagogie dans les différents champs disciplinaires.
Au moment où les sociétés contemporaines réinventent leurs manières d’apprendre, d’enseigner et de transmettre, ce congrès entend reprendre une question qui traverse les siècles sans jamais perdre son actualité :
Pourquoi des professeurs ?
Cette question n’appelle pas une réponse unique. Elle invite au contraire à une conversation scientifique internationale où chaque tradition de pensée, chaque culture éducative et chaque discipline pourra contribuer à renouveler notre compréhension de la relation pédagogique comme expérience fondatrice de l’humanité.
*****
Axes de recherche (liste ouverte)
Axe 1 — Généalogies de la relation (brachy-)pédagogique : de Socrate à Gusdorf et au-delà
Cet axe invite à revisiter les grandes figures, les œuvres et les traditions qui ont contribué à penser la relation pédagogique avant même l’émergence de la notion de brachy-pédagogie. Il accueillera notamment des contributions portant sur :
- Socrate, Platon, Aristote, Confucius
- Montaigne, Comenius, Rousseau
- Kant, Kierkegaard, Alain, Gusdorf, Paulo Freire
- d’autres traditions philosophiques, éducatives ou spirituelles d’Europe, d’Afrique, d’Asie, des Amériques ou d’ailleurs
Axe 2 — Fondements philosophiques, dialogiques et anthropologiques de la relation pédagogique
Cet axe concerne les recherches théoriques portant sur la relation pédagogique comme expérience dialogique. Les propositions pourront notamment interroger :
- la tension brachy-pédagogique ; la relation maître-disciple ; la conversation ; le dialogue
- la reconnaissance ; l’altérité ; la transmission ; l’autorité ; la liberté ; la maîtrise
- la construction du sujet ; la formation de la personne
- les dimensions éthiques, herméneutiques ou anthropologiques de l’acte éducatif
Axe 3 — Pratiques éducatives, médiations et expériences interculturelles
Cet axe est consacré aux applications et aux expérimentations. Il accueillera des recherches portant notamment sur :
- les pratiques pédagogiques ; les sciences du langage ; la didactique des langues
- la traduction et la médiation interculturelle
- les approches comparées des systèmes éducatifs ; les pédagogies dialogiques
- la littérature et l’éducation ; la formation des enseignants
- les approches artistiques, culturelles ou sociales de la transmission
Axe 4 — La relation pédagogique à l’épreuve des (trans-) mutations contemporaines
La mondialisation, les technologies numériques, l’intelligence artificielle, les nouveaux environnements d’apprentissage et les transformations des sociétés invitent aujourd’hui à repenser la figure du professeur. Les contributions pourront porter notamment sur :
- l’intelligence artificielle et l’enseignement ; les humanités numériques
- les plateformes d’apprentissage ; les nouvelles formes de médiation pédagogique
- les transformations de la fonction enseignante
- les enjeux éthiques des technologies éducatives
- l’avenir du professeur dans les sociétés contemporaines
Les modalités de soumission des propositions
Un texte de 500 mots sous format Word ;
Identité de l’auteur ou des auteurs (le prénom, le nom, le statut et l’institution de rattachement, adresse, E-mail, téléphone) ;
Durée de la communication : 20 minutes
Email d’envoi : cireb.brachylogie@gmail.com
Dates à retenir
Réception des propositions : avant le 15 novembre 2026
Notifications de l’acceptation des propositions : 15 décembre 2026
Envoi d’un premier état du texte de la communication : 31 mars 2027
Déroulement du congrès : 15-16-17 avril 2027
Envoi de la version définitive du texte de la communication : 31 mai 2027
Publication des actes du congrès (vers la mi-novembre 2027) : Les articles sélectionnés par le comité scientifique feront l’objet d’une publication conforme aux normes académiques internationales.
Responsable
¤ Université de Sousse (Tunisie), Faculté des Lettres et Sciences Humaines & Laboratoire de Recherche « Écoles et Littératures »
¤ Coordination Internationale des Recherches et Etudes Brachylogiques (CIREB)
URL de référence : https://brachycireb.com/
Adresse : 5 rue Tardieu, 75018 Paris (France)
Président d’honneur du Congrès : Pr. Lotfi Belkacem (Président de l’Université de Sousse)
Président du Conseil scientifique : Pr. ém. Mansour M’henni (Président de la CIREB)
Directeur du comité d’organisation : Pr. Nizar Ben Saad (Directeur du LR « Écoles et Littératures » et membre du Conseil d’administration de la CIREB) & Pr. Danh-Thành DO-HURINVILLE (Université Marie et Louis Pasteur, ELLIADD EA4661, Vice-président de la CIREB)
Comité d’organisation (ordre alphabétique)
Coordinateur du comité d’organisation : HACEN Aymen
Membres :
Abdaoui Lobna
BORGHOL Mohamed Saad
Bouhani Aida
DHIFALLAH Faouzia
HOCHLAF Sami
RADDAOUI Saber
Sioud Walid
Membres du comité scientifique (ordre alphabétique, liste ouverte)
ALTMANOVA Jana (Université de Naples « L’Orientale », Italie)
BABOUCAR Diouf (Université Assane Seck-Ziguinchor, Sénégal)
BAHLOUL Noureddine (Université de Guelma, Algérie)
BEN DOUKHA Hichem (Université d’Oran, Algérie)
BEN OTHMAN Toussef (Pr à l’UTM & PD fu CERES)
BEN SAAD Nizar (Université de Sousse, Tunisie)
BONHOMME Marc (Professeur émérite, Université de Berne, Suisse)
BORGHOL Mohamed Saad (Université de Monastir, Tunisie)
BOUZOUITA Samir (Université Sais-Fès, Maroc)
COULIBALY Moussa (Université F.H.B. d’Abidjan, Côte d’Ivoire)
DAO Huy-Linh (INALCO, France)
DHIFALLAH Faouzia (Université Tunis El Manar, Tunisie)
DO-HURINVILLE Danh Thành (Université Marie et Louis Pasteur, France)
DO Thi-Thu-Trang (Université Paris Cité, France)
EL AZOUZI Abdelmounïm (Université Sais-Fès, Maroc)
FADDA Denis (Président international de la RF, France)
GONTARD Marc (Professeur émérite, Université Rennes 2, France)
HANNACHI Radia (UMLP, France)
LEVY Daniel (Sociologue, La RF, France)
LIN-ZUCKER Miao (Université de Lyon 3, France)
MARZOUKI Samir (Professeur émérite, Université de la Manouba, Tunisie)
MASSOUD Iman (INALCO, France)
MEDHAT-LECOCQ Héba (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, France)
M’HENNI Mansour (Professeur émérite, Université de Tunis El Manar, Tunisie)
RENOUPREZ Catherine (Université de Cadiz, Espagne)
PETRILLO Maria Giovanna (Université de Naples « Parthenope », Italie)
RAYNAL-ASTIER Corinne (Université de Lille, France)
SERHANI Mounir (Université Hassen 2 – Casa, Maroc)
TENKOUL Abderrahmen (Université Euromed – Fès, Maroc)